Comment décarboner les data centers à l’ère de l’IA ?

      Face à l’explosion des besoins IA, les data centers doivent réinventer leur modèle énergétique.

      Publié le 21 juillet 2025

      L'intelligence artificielle bouleverse l'équation énergétique mondiale. Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique des data centers va plus que doubler d’ici à 2030, pour peser près de 3% de la consommation mondiale, soit l’équivalent de la consommation du Japon, portée par l'explosion des applications d'IA générative. Cette croissance exponentielle place le secteur face à une problématique inédite : comment concilier innovation technologique et objectifs climatiques ?

      En 2024, les géants de la tech (Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta) ont annoncé ou engagé des investissements cumulés d’environ 200 milliards de dollars. Cette course aux infrastructures IA transforme radicalement le paysage énergétique. Les exigences de calcul de l'intelligence artificielle croissent de manière exponentielle, exerçant une pression croissante sur les réseaux électriques, les capacités numériques et les infrastructures d'énergie existantes En témoignent les difficultés d'approvisionnement énergétique rencontrées par les hyperscalers (centre de données géants ayant généralement un minimum de 5 000 serveurs et au moins 900 m2 d’exploitation dans certaines régions.

      Un cadre réglementaire en construction

      L'Union européenne structure progressivement les obligations environnementales des data centers à travers plusieurs directives complémentaires. La Directive sur l'efficacité énergétique (2012/27/UE) a posé les premiers jalons, avec des mesures contraignantes pour stimuler l'efficacité énergétique, notamment des obligations d'audit énergétique et de mise en place d'actions d'optimisation pour les data centers. La nouvelle Directive sur l'efficacité énergétique (2023/1791) va plus loin et remplacera celle de 2012 dès octobre 2025. Elle instaure des mesures de surveillance et des comptes-rendus spécifiques pour les data centers consommant au moins 500 kW : ils devront être obligés de publier leurs indicateurs environnementaux dès 2025. Quant aux installations de plus de 1 MW, elles devront se conformer à des documents de bonnes pratiques, tandis qu'une base de données européenne publiera leurs performances énergétiques et leur empreinte hydrique – une évolution qui permettra de faciliter l’accès au financement pour les entreprises du secteur des données les plus performantes sur le plan énergétique.

      La Directive RED III  sur les énergies renouvelables, dont la dernière version a été publiée en novembre 2023, complète ce dispositif en fixant des objectifs contraignants d'énergies renouvelables (EnR). Les data centers devraient ainsi être amenés à s’approvisionner davantage en EnR pour se conformer aux exigences de la directive.


      Quatre défis critiques pour concilier IA et décarbonation

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      La sécurisation de l'approvisionnement énergétique

      L'IA transforme la nature même de la demande électrique, nécessitant une puissance constante et massive.

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      La réconciliation entre croissance exponentielle et objectifs de réduction carbone

      Google, qui s'était engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2030, reconnaît désormais que l'IA pourrait compromettre cet objectif. En effet, les émissions de gaz à effet de serre du géant technologique ont augmenté de 48% entre 2019 et 2023, principalement dues à l'augmentation de la consommation d’énergie des data centers.


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      L'implantation de la transformation sans compromettre les niveaux de service

      L’IA exige des data centers une disponibilité maximale, rendant complexe toute modification des systèmes de refroidissement ou d'alimentation électrique. Cette contrainte opérationnelle impose une approche progressive et méthodique de la décarbonation des centres de données, nécessitant des technologies adaptées et des investissements ciblés.

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      Le financement de la transition énergétique à grande échelle

      Les investissements nécessaires pour décarboner les infrastructures IA se chiffrent en centaines de milliards de dollars, nécessitant des instruments financiers innovants et des partenariats public-privé inédits.


      Free cooling, liquid cooling et IA : les solutions technologiques en première ligne

      Face à ces défis, les solutions de refroidissement nouvelle génération émergent comme un levier prioritaire. Le marché du refroidissement des centres de données, qui intègre la gestion de l’eau et la réduction du carbone, était évalué à 15,9 milliards de dollars en 2023. Son taux de croissance annuel composé (TCAC) est estimé à plus de 13,5% entre 2024 et 2032.

      Parmi ces innovations, le liquid cooling et l‘immersion cooling émergent comme des solutions prometteuses : 

      • Le direct liquid cooling fait circuler une boucle d'eau directement au cœur des serveurs pour les refroidir. Ce système en circuit fermé offre une efficacité maximale en étant au plus près des équipements producteurs de chaleur. Il nécessite cependant des équipements IT spécifiquement conçus pour cette technologie.
      • L'immersion cooling va plus loin, en immergeant complètement les équipements IT dans des bacs de liquide diélectrique (eau ou huile) qui évacuent efficacement la chaleur produite. Cette méthode fonctionne également en circuit fermé sans consommation d'eau, mais implique des adaptations matérielles et organisationnelles importantes, ainsi que l'acquisition de nouvelles compétences techniques. Par ailleurs, cela implique l’utilisation de liquides diélectriques contenant des PFAS, ce qui soulève des questions environnementales, ces composés étant considérés comme des polluants éternels.

      Le free cooling utilise l'air extérieur pour refroidir naturellement les infrastructures, il permet des économies d’énergies importantes mais reste limité aux climats froids. Les data centers nordiques, comme ceux déployés par Facebook en Suède, illustrent parfaitement le potentiel de cette stratégie géo-climatique.

      L'optimisation par l'IA elle-même constitue une solution intéressante bien que paradoxale : l'IA au service de sa propre décarbonation. On parle d’AI for Green et d’AI for energy. Les algorithmes de machine learning permettent désormais de prédire les pics de consommation, d'optimiser les flux thermiques en temps réel et d'automatiser la maintenance prédictive. Alphabet (société mère de Google) a ainsi réduit de 40% la consommation énergétique de ses systèmes de refroidissement grâce à DeepMind (division de Google qui développe des algorithmes de deep learning), ce qui représente 15% de son Power Usage Effectiveness (PUE).

      Stratégies énergétiques : repenser l'approvisionnement

      Les Power Purchase Agreements (PPA) révolutionnent l'approvisionnement énergétique des data centers. Ces contrats long terme permettent de sécuriser des sources renouvelables dédiées tout en stabilisant les coûts. Microsoft, qui vise la neutralité carbone à l’horizon 2030, a récemment signé un PPA de 10,5 GW avec Brookfield. Cet accord de près de 10 milliards de dollars est le plus important contrat d'énergie renouvelable jamais conclu.

      Le stockage et la flexibilité énergétique deviennent stratégiques. Les systèmes de batteries à grande échelle permettent de lisser les pics de consommation et d'optimiser l'utilisation des énergies renouvelables intermittentes. À cet égard, Schneider Electric et Tesla développent des solutions de stockage spécifiquement conçues pour les data centers IA.

      La géolocalisation stratégique des infrastructures data selon le mix énergétique local représente un levier majeur pour réduire l’empreinte carbone. Les hyperscalers privilégient désormais les régions riches en énergies renouvelables : Islande pour la géothermie, Scandinavie pour l'hydroélectrique, ou certains États américains pour l'éolien et le solaire.

      Mise en œuvre opérationnelle

      La décarbonation des data centers IA nécessite une feuille de route intégrée, de l’audit énergétique initial à la certification finale des installations numériques. Cette approche holistique combine diagnostic énergétique, planification des investissements, mise en œuvre progressive et monitoring continu. Les entreprises doivent développer de nouveaux indicateurs de performance au-delà du traditionnel PUE, intégrant les émissions carbone, l'efficacité de l'eau et l'utilisation d'énergies renouvelables.

      Le retour sur investissement de la décarbonation dépasse désormais les seuls enjeux de conformité réglementaire. Les data centers durables attirent les investisseurs ESG, réduisent les coûts opérationnels long terme et anticipent les futures réglementations carbone.

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      Avec 19 000 professionnels dédiés à l'énergie dans le monde et 73 % des entreprises de l’énergie membres du Global 2000 comme clients, KPMG accompagne les acteurs du numérique dans leur transition énergétique.

      Nos équipes spécialisées en data centers, PPAs et technologies de décarbonation proposent une approche holistique : de l'audit énergétique initial aux solutions de financement vert, en passant par les enjeux de gouvernance, l'optimisation opérationnelle et la mise en conformité réglementaire.

      La décarbonation de l'IA représente l'un des défis environnementaux majeurs de la décennie. Au-delà des enjeux énergétiques, la question de l’eau et de son usage dans les centres de données devient également critique. Les data centers consomment déjà 1,7 milliard de litres d'eau par jour aux États-Unis - dont 57 % proviennent d'eau potable. L'implantation d'un nouveau data center soulève donc la question cruciale de l'utilisateur marginal : l'arrivée d'un centre de données augmente la pression sur les ressources locales et le fait rentrer en compétition avec agriculteurs, industries et particuliers pour cette ressource précieuse. Cette double contrainte - énergétique et hydrique - impose une approche systémique où innovation technologique, responsabilité environnementale et sobriété doivent impérativement converger.

      Auteurs : 

      Valérie Besson

      Associée, Responsable France du secteur des Énergies, Ressources Naturelles et Chimie, Responsable Monde Audit du secteur ENRC

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      Nicolas Leonetti

      Associé, Head of Energy transition

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