Secteur du luxe après 2025 : crise ou nouvelle croissance ?

      Après 2025, le secteur du luxe est-il toujours en crise ? Comment les maisons de luxe peuvent-elles faire face à une demande toujours atone sur le marché du luxe mondial et à un contexte économique instable ?

      Publié le 20 mars 2026


      L’essentiel

      Après 2025, le secteur du luxe est-il toujours en crise ? Comment les maisons de luxe peuvent-elles faire face à une demande toujours atone sur le marché du luxe mondial et à un contexte économique instable ?

      Il y a un an, nous constations déjà que l’industrie du luxe était confrontée à un ralentissement de sa croissance, voire à une baisse du chiffre d’affaires pour certaines marques de luxe, et qu’elle ne pourrait pas échapper à un exercice de rationalisation des coûts.

      Quels sont aujourd’hui les principaux leviers activés par les maisons de luxe pour améliorer leur performance opérationnelle ? Ces efforts permettront-ils au marché du luxe de retrouver sa rentabilité historique et sa dynamique de croissance ?

      Un secteur sans rebond significatif qui fait face à de nouveaux défis

      La publication des derniers rapports et résultats de 2025 des Maisons de luxe montre que les ventes d’articles de luxe n’ont pas retrouvé la croissance attendue du semestre écoulé, marquant même un recul global du marché dans le monde.

      Globalement, la demande des marchés asiatiques, notamment la demande chinoise, est restée stable. Près de 15 millions de clients "aspirationnels" du luxe ont quitté le marché, tandis que les ultra riches ont maintenu leur niveau de consommation. La génération Z, quant à elle, a contribué à maintenir une dynamique positive sur la cosmétique-beauté.

      De nouvelles tendances de consommation se sont confirmées avec la montée des achats "expérientiel", marquée par une augmentation des dépenses dans les croisières, séjours bien-être et expériences exclusives. Parallèlement, l’intérêt pour des marques de luxe locales, notamment en Chine, continue de progresser.

      À cet environnement économique peu porteur, sont venus s’ajouter un renchérissement du coût des produits avec la mise en place des droits de douane américains ainsi qu’une certaine défiance vis-à-vis de marques (suite à plusieurs révélations sur les conditions dans lesquelles ont pu être fabriqués quelques articles de maroquinerie et de prêt-à-porter).

      Peut-on encore réduire les coûts tout en préservant l’excellence du luxe ?

      Dans ce contexte, les Maisons de Luxe ont lancé des actions visant à créer les conditions d’un retour à une meilleure rentabilité et à une possible croissance des volumes sur 2026, entraînant parfois des transformations profondes dans leurs modes de fonctionnement, tout en respectant et parfois en renforçant les exigences de qualité haut de gamme.

       

      Les achats : poursuivre la contraction des achats indirects et maîtriser les dépenses directes

      Les actions déjà engagées

      • Digitalisation des processus d’achats, donnant aux acheteurs d’une même Maison une vision globale des montants d’achats indirects et directs des différents métiers, permettant la rationalisation des fournisseurs et la massification des achats (y compris sur les matières et composants) ;
      • Audit massif des façonniers, sur les conditions de travail, en particulier ceux de la maroquinerie et du prêt-à-porter, et mise en place de moyens de contrôles réguliers, voire permanents.

      Des initiatives pouvant être renforcées, notamment : 

      • mutualiser les achats stratégiques (comme les métaux précieux) à l’échelle du groupe ;
      • remettre en cause les dépenses dans une logique de type « Budget Base Zéro », en challengeant le besoin et le service au regard notamment des apports et possibilités offertes par l‘IA.

       

      La supply chain : fournir les produits dans les délais et minimiser les volumes de stocks à valeur

      Les actions déjà engagées :

      • Poursuite de l’ajustement des stocks de produits finis et de matières, coûteuses, ainsi que des initiatives visant à ne pas les reconstituer, en améliorant d’un côté la prévision des besoins, notamment en introduisant de l’IA, et de l’autre la capacité des ateliers à délivrer à temps les produits demandés en révisant leurs outils, processus et système de gouvernance de pilotage des flux ;
      • Réduction du rythme des collections au sein d’une ou deux Maisons en diminuant le nombre de nouveautés et en « permanentisant » certains modèles, permettant de donner plus de temps aux équipes pour concevoir et produire les nouvelles références.

      Des initiatives d’amélioration à activer ou à renforcer :

      • Mutualiser au sein d'une plateforme centrale les stocks de matières et composants ainsi que les besoins d’approvisionnement pour l’ensemble des métiers ou des ateliers (internes et externes), afin d’optimiser le BFR, les coûts de transports mais également l’impact carbone ;
      • Déployer des outils de planification et d’ordonnancement pour disposer d’une vision instantanée de l’état d’avancement des commandes et donc de sortie d’atelier, tout en maximisant l’emploi des matières premières et de la main d’œuvre.

       

      Le manufacturing : optimiser l’utilisation des moyens et exceller dans le développement des produits

      Les actions déjà engagées :

      • Ré-internalisation, partielle ou totale, de certaines fabrications au sein des ateliers des Maisons au détriment de façonniers de rang 1 et de rang 2 ;
      • Maximisation de l’utilisation primaire (ex. : découpe de peaux) et de la récupération (ex. : usinage de l’or) de toutes les matières précieuses et nobles, et optimisation de la fabrication de produits à partir des chutes, dans le but de réduire globalement le taux de perte de 1 à 2% sur l’or et de 30 à 40% sur les cuirs.

      Des initiatives d’amélioration à activer ou à renforcer :

      • Répondre au rythme des collections en livrant les produits dans les délais :
        • en déployant des processus de développement et d’industrialisation des nouveautés selon les standards « best-in-class » (rôles bien définis, jalons de go/no go respectés, …) ;
        • en améliorant la relation studio / atelier pour anticiper la faisabilité des prototypes et permettre au développement d’être force de proposition.
      • Revoir l’organisation industrielle, depuis l’atelier jusqu’à la direction groupe (structure, niveaux hiérarchiques, ratio d’encadrement, gouvernance, processus, …), pour optimiser les postes de main d’œuvre indirecte ;
      • Faire cohabiter, avec la même performance de coût et de délai, les « grandes séries » autour des produits permanents, et les « petites séries », qui prennent une place croissante, constituées de complètes nouveautés ou de déclinaisons de références iconiques ;
      • Réduire le temps de cycle de fabrication des produits et gagner en agilité face à la volatilité de la demande, en progressant encore sur le « bon du premier coup » et sur une refonte du modèle de fabrication : révision des activités confiées aux sous-traitants, montée en compétence des collaborateurs pour leur permettre de confectionner un produit dans son entièreté : vérification de la matière, coupe du tissu, assemblage du vêtement, pose des finitions, contrôle qualité, …;
      • Développer la reconception « à coût », comme par exemple réduire l’épaisseur de matières précieuses d’un boîtier de montre de références existantes, pour en diminuer le prix de fabrication et possiblement le prix de vente, tout en conservant inchangées leur qualité et la perception qu’en ont les clients ;
      • Accélérer la conception et la mise sur le marché de nouvelles gammes de produits avec un positionnement prix plus bas permettant de maintenir le lien avec la clientèle « aspirationnelle ».

       

      La dimension client


      En parallèle de ces actions sur les opérations, les Maisons vont aussi devoir fortement travailler sur la dimension client en complément de ce qu’elles font déjà :

      • Renforcer les capacités des vendeurs dans leur rôle d’ambassadeurs de la marque, notamment auprès des VIC, à travers des formations et des outils enrichis par l’IA, pour être en mesure de savoir mieux vendre les produits et une véritable expérience, ce qui passe, non seulement par savoir décrypter un client, mais aussi connaître en profondeur les articles et pouvoir raconter une « histoire » personnalisée et adaptée à celui-ci ;
      • Etendre les events spécifiques dédiés aux VIC, en complément des défilés, autour de produits exceptionnels de plusieurs métiers (sacs, montres, bijoux, …) et de lieux « à part » permettant à ces clients de vivre des expériences uniques ;
      • Réduire la gamme des références commercialisées, ce qui contribue à la baisse des stocks de produits finis, sous réserve de bien en exécuter la fin de vie, et se recentrer sur des articles plus chers permettant d’accroître le prix moyen des ventes des articles vendus ;
      • Renforcer la connaissance client afin d’affiner les segmentations et adresser les populations qui ont pu être ignorées jusque-là, pour retrouver des bassins de croissance par le push au réachat et la fidélisation en mode « one-to-few » (groupe de clients aux besoins similaires ou partageant des caractéristiques communes) facilitée par l’IA ;
      • Trouver un nouvel équilibre dans les collections entre les inputs du Marketing (issus de leur analyse des attentes clients et de l’IA) et les inspirations du Directeur Artistique, afin d’accroître la part de produits dits « commercialité » - facilement vendables et majoritairement destinés à la clientèle aspirationnelle - versus les produits dits « image » - plus exclusifs dans le look ou la matière et répondant aux aspirations des VIC.

      2026 : une année charnière pour la transformation du luxe

      L’année écoulée a marqué une étape importante dans la transformation du secteur. Les maisons de luxe ont engagé des évolutions profondes dans leurs opérations mais également dans leur relation avec l’ensemble de leur écosystème : façonniers, fournisseurs, ateliers, designers et partenaires.

      En complément de ces actions dans le domaine des opérations, les Maisons vont devoir aussi travailler sur la partie expérience vécue par les clients qui prend une part croissante dans leur acte d’achat (de 50 à 70 % de l’impact décisionnel) mais aussi dans leur fidélisation.

      Cependant, dans un contexte économique mondial incertain, les ressources financières disponibles pour mener ces transformations restent toutefois limitées : l'occasion de se créer de nouvelles marges de manœuvre en n’hésitant pas à céder certaines marques ou branches d’activité comme certains groupes l’ont récemment fait.

      De fait, le choix des projets revêt une importance d’autant plus critique car ceux retenus devront avoir, dès 2026, un impact réel sur la performance opérationnelle et financière tout en portant toujours plus haut le savoir-faire et la qualité.

      C’est avec des produits aux coûts globaux maitrisés, ainsi qu’avec une offre et des prix de vente adaptés répondant aux aspirations et attentes de tous les segments de clients, que les Maisons de Luxe pourront retrouver la croissance et la rentabilité.


      Auteur : 

      Guillaume des Rotours

      Associé, Responsable mondial du Luxe, Responsable du secteur Consumer, Retail & Leisure en France

      KPMG en France

      Olivier Loth  

      Directeur Strategy, Customer & Operations

      KPMG en France


      Aller plus loin


      notes ARTICLE

      Le secteur du luxe n’échappe plus à la révolution de la seconde main qui redéfinit les notions de désir et de fidélité.

      notes ARTICLE

      Découvrez comment les maisons de luxe peuvent optimiser leurs coûts tout en préservant leur avenir face aux défis actuels. Stratégies clés révélées.

      insights ÉTUDE

      Réinventer l'excellence face à la transformation du marché.

      Restez informés des dernières actualités de KPMG en vous abonnant dès maintenant à nos communications personnalisées.

      KPMG. Make the Difference.