Décryptage sectoriel
Une matérialité dense, à l’image d’une chaîne de valeur étendue
L’information publiée est substantielle, avec une matérialité déclarée sur 8 des 10 thématiques prévues ESRS. Ce nombre élevé de thématiques matérielles souligne le rôle central de la distribution dans la chaîne de valeur : exposition à des impacts amont (matières, agriculture, fabrication, logistique) et à des enjeux aval (produits, information, données, sécurité, inclusion).
Consensus sur les grands thèmes, divergences sur certaines exclusions
Nous observons un alignement sectoriel sur la matérialité de huit thématiques. À l’inverse, l’exclusion de deux thématiques — communautés affectées et pollution — ne fait pas l’objet d’un consensus. La justification de ces matérialités repose sur des arguments de nature variée. Une lecture plus fine au niveau des sous-thématiques met en évidence des écarts importants dans les arguments mobilisés et la manière de documenter la décision de matérialité.
Les achats, un enjeu central traité de manière transversale
Commerces et grande distribution sont fortement orientés vers les consommateurs et utilisateurs finaux, ce qui renforce l’importance des obligations liées à la norme sociale S4 dans le cadre de la CSRD. L’ensemble du panel considère donc comme matériels les trois sous-thèmes de cette norme :
- la gestion des informations détenues ou communiquées,
- la sécurité,
- l’inclusion sociale.
Climat : matérialité unanime, maturité hétérogène
Le changement climatique est jugé matériel par 100 % des entreprises du panel. L’analyse met toutefois en évidence des disparités sur la qualité des données ESG et la stratégie climatique, notamment en raison de périmètres de cibles, de certifications et de trajectoires encore disparates (scopes 3 souvent incomplets). Les plans de transition conformes à la CSRD restent rares, faute d’informations suffisantes sur les moyens financiers, l’intégration stratégique ou la gouvernance. Les leviers de décarbonation sont toutefois bien identifiés, et les bilans GES sont globalement comparables, à l’exception du sous-scope 3.14 lié aux franchises, dont les achats sont rarement comptabilisés.
Biodiversité et déforestation : des priorités en accélération
La biodiversité est considérée comme matérielle par 71 % des entreprises du panel, signe d’une prise de conscience croissante sur les enjeux ESG. Les principaux impacts se situent en amont de la chaîne de valeur, notamment sur les matières premières et les pratiques environnementales. La déforestation ressort également comme un enjeu majeur dans la plupart des rapports de durabilité, en lien avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur la déforestation (EURD) qui renforce l’attention portée à la traçabilité et aux risques liés à certaines matières.
Comparabilité des rapports : principaux écarts observés
Malgré une convergence sur les thèmes matériels, le secteur du retail et de la distribution doit encore faire des efforts dans ses pratiques de reporting ESG pour améliorer la comparabilité et la lisibilité des rapports. Les principaux défis concernent :
- La définition de cibles et d’indicateurs pour des achats durables,
- La cohérence des données dans un cadre de reporting harmonisé sur les performances ESG,
- L’intégration des politiques et plans d’action liés aux franchisés dans la note méthodologique,
- Une meilleure explicitation du traitement des stations-service, encore peu détaillé dans les états de durabilité.