Article publié le 10 avril 2026, issu d’une émission diffusée par Radio KPMG le 27 janvier 2026

      À retenir

      • L’environnement économique se structure désormais autour de rapports de puissance dans un contexte de rivalités géopolitiques, technologiques et informationnelles. 
      • L’intelligence économique devient stratégique. Il ne s'agit plus de veille mais de transformer l'information en avantage compétitif.
      • Les dépendances aux grandes puissances exposent les entreprises à des risques systémiques majeurs: vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement, risque de rupture, disparition de secteurs 
      • Les États comme la Chine et l’Inde déploient des stratégies de puissance sur le long terme de captation de valeur et de montée en puissance industrielle
      • Les entreprises doivent adapter leur pratique et mettre en place des logiques plus offensives et collaboratives dans la gestion stratégique de leur information.
      • La gouvernance doit intégrer pleinement l’intelligence économique au cœur de la performance durable
      Chroniqueurs

      Pierre-Yves Le Naourès

      Directeur Advisory chez KPMG en France

      Christian Harbulot

      Pionnier de l’intelligence économique en France, Fondateur & Directeur de l'École de Guerre Économique


      Tensions géopolitiques, ruptures d’approvisionnement, dépendances technologiques et industrielles, cyberattaques… la confrontation économique s’intensifie. Les entreprises évoluent dans un environnement où la compétition ne se joue plus uniquement sur les prix ou la qualité. Dans ce contexte, l’intelligence économique change de dimension. Longtemps perçue comme une démarche périphérique, elle devient un impératif stratégique au service de la résilience, de la conquête et de la pérennité de l'entreprise.

      Qu’est-ce que l’intelligence économique ?

      L’intelligence économique peut se définir simplement comme l’usage offensif de l’information pour développer une entreprise confrontée à de multiples menaces. L’enjeu est triple :

      • Orienter la recherche d’information
      • Analyser les signaux utiles
      • Transformer l’information en avantage stratégique 

      Les entreprises ont trop longtemps sous-estimé l’ampleur du sujet. Or, piloter une entreprise suppose aussi de piloter l’information dans un contexte de rivalité, d’influence et parfois de déstabilisation. L’approche française de l’intelligence économique s’est construite en tenant compte des réalités culturelles, historiques et sociologiques des différents systèmes, là où une approche plus standardisée a longtemps dominé dans le monde anglo-saxon. Cette différence de lecture reste essentielle pour comprendre les comportements économiques de grandes puissances comme la Chine ou l’Inde.

      La dépendance économique : le risque majeur

      La dépendance des entreprises européennes à des puissances comme la Chine et de plus en plus l’Inde, constitue aujourd’hui un risque stratégique majeur. Longtemps perçue comme une opportunité, la mondialisation a en réalité créé des chaînes d’approvisionnement vulnérables, pouvant être brutalement interrompues en cas de crise géopolitique. Mais l’enjeu dépasse la logistique : il relève d’un rapport de puissance, où certains États ont su capter technologies et savoir-faire pour renforcer leur domination industrielle. Le risque n’est plus seulement la dépendance, mais le décrochage face à des acteurs mieux préparés, voire la disparition de secteurs entiers faute d’anticiper et de définir une stratégie de protection adaptée. Pour les entreprises européennes, l’enjeu est désormais de lire le marché mondial non plus seulement comme un espace d’opportunités, mais comme un champ de compétition structuré par des logiques de puissance.

      Renforcer le dialogue entre entreprises et pouvoirs publics

      L’isolement des entreprises devient contre-productif. Un grand groupe français du BTP a quitté la Chine après y avoir accumulé de mauvais résultats, sans pour autant vouloir transmettre son retour d’expérience à ses concurrents français. Cette posture illustre, selon Christian Harbulot, un retard culturel majeur : celui d’un management collectif de l’information encore insuffisant. Or, face à des menaces systémiques, il ne s’agit plus seulement de protéger une entreprise, mais parfois un secteur entier face à des stratégies économiques offensives.

      Les pouvoirs publics ont aussi un rôle central à jouer. Christian Harbulot plaide pour une approche moins strictement sécuritaire ou défensive, et davantage tournée vers l’enrichissement du pays, la conquête économique et la créativité industrielle et commerciale.

      Quelle posture les entreprises doivent-elles adopter ?

      Pour faire face au contexte actuel, une entreprise doit adopter une posture offensive, quelle que soit sa taille. L’intelligence économique ne peut plus être traitée comme un sujet annexe : elle doit être portée au plus haut niveau. Le dirigeant, son équipe rapprochée, le conseil et les administrateurs doivent considérer que la vie de l’entreprise dépend de sa capacité à mieux capter, analyser et utiliser l’information.

      • Miser sur les bons profils : curieux, dotés d'une solide culture générale, à l'aise avec les contenus et les outils
      • Construire une mémoire collective opérationnelle, capable de transmettre
      • Adopter de nouvelles grilles de lecture
      • Former aux méthodes de l’intelligence artificielle

      Quelle place pour le conseil d’administration  ?

      La gouvernance a un rôle déterminant. Les administrateurs ne peuvent plus considérer l’intelligence économique comme un sujet périphérique ou purement technique. Elle doit devenir un élément de culture générale appliquée à la stratégie, au risque et au développement. Christian Harbulot invite les conseils à revoir leurs repères cognitifs, à intégrer davantage la géopolitique du monde des affaires et à adapter leur compréhension de la stratégie dans un univers où la confrontation économique est devenue une réalité permanente.

      Dans un monde traversé par les rivalités de puissance, les dépendances industrielles et les affrontements informationnels, l’entreprise ne peut plus avancer à vue. L’intelligence économique n’est ni un luxe ni un supplément de prudence. Elle est désormais une condition de compétitivité, de résilience et parfois même de survie. Pour les dirigeants comme pour les administrateurs, le message est sans ambiguïté : savoir identifier, collecter, analyser et utiliser l’information doit désormais faire partie des fondamentaux de la gouvernance.

      Pour aller plus loin, écoutez l’intégralité de cette émission sur Radio KPMG, et explorez les autres émissions consacrées aux sujets de gouvernance.


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