Podcast les Futurs+humains dédié aux Nouveaux Léonard

      Esprits créatifs et curieux qui associent la puissance de l’IA à l’ingéniosité humaine.

      Publié le 27 novembre 2025

      Les nouveaux Léonard sont ces polymathes, capables de couvrir de nombreux domaines : artiste, scientifique, philosophe… L’IA peut-elle donner naissance à de nouveaux Léonard ?

      Pour en débattre ; Albane Liger-Belair, directrice de l’innovation chez KPMG, a réuni trois profils disruptifs :

      • Jean-Louis Fréchin

        Designer et architecte ;

      • Alix Pradère

        Pionnière dans la substitution sensorielle ;

      • Vincent Bouget

        Spécialiste de l’IA appliquée à l’immunologie de précision.

      L’IA : menace ou opportunité pour le génie créatif ?

      Vincent Bouget, co-fondateur de Scienta Lab, rappelle que la mise à disposition d’un  médicament contre les maladies auto-immunes, c’est, en moyenne, 10 ans d’efforts en R&D, 1 Mrd d’€ et 80% d’échec lorsqu’on passe au test clinique. Passer de la souris aux Hommes reste une étape coûteuse et complexe. Toute l’ambition de Scienta Lab réside dans sa capacité à accélérer la transition vers une médecine prédictive, en modélisant le comportement des molécules et en anticipant leur efficacité sur l’humain. Portée par deux étapes de validation — l’analyse statistique puis la biotechnologie —, l’intelligence artificielle ouvre la voie à une révolution scientifique inédite.

      Alix Pradère dirige la start-up Artha, pionnière dans le domaine de la substitution sensorielle destinée aux personnes atteintes de déficiences visuelles. L’innovation d’Artha repose sur une idée simple et bouleversante : « on voit avec le cerveau ». En traduisant les signaux captés par le toucher sous forme d’images neuronales, la technologie d’Artha permet au cerveau de reconstruire une perception du monde environnant. Si elle ne guérit pas la cécité, elle ouvre la voie à une perception augmentée, offrant à chacun la possibilité de “voir autrement”.

      Ces deux exemples incarnent la promesse d’une intelligence artificielle au service du progrès scientifique et médical.

      Dans le domaine de l’art, la réflexion est plus nuancée. Jean-Louis Fréchin estime que les grands créateurs sont irremplaçables : l’IA ne peut qu’interpeller, stimuler ou remettre en jeu l’acte créatif, jamais l’incarner. En revanche, pour les artistes du quotidien — illustrateurs, photographes, musiciens ou designers —, la menace est réelle. Leur poids économique est faible, mais leur rôle est essentiel dans la vitalité culturelle et patrimoniale. Leur disparition constituerait un appauvrissement profond de notre identité collective.

      Il rappelle d’ailleurs que l’expression “intelligence artificielle” procède d’une erreur : le mot britannique intelligence renvoie à une fonction de documentation, non à la conscience.

      Pour autant, dans les métiers du design, les nouveaux outils d’IA bouleversent les pratiques, en apportant une aide précieuse à la conception et à la productivité. Ils transforment les logiciels existants et deviennent des partenaires de création et d’efficacité.

      L’intelligence artificielle, nouvelle ère cognitive ?

      L’IA bouleverse notre rapport à la pensée. Pour Jean-Louis Fréchin, l’humanité entre dans une transition cognitive. L’écriture a permis d’externaliser la mémoire, la révolution industrielle la force physique, les énergies fossiles la puissance énergétique, l’intelligence artificielle externalise désormais la pensée cognitive. Cette externalisation constante est une composante historique de l’humanité ; il nous appartient aujourd’hui d’en comprendre les déterminismes et d’en mesurer les effets.

      Vincent Bouget, quant à lui, insiste sur la puissance explicative de l’IA : sa capacité à agréger des volumes massifs de données redéfinit les frontières du savoir. Médecins, ingénieurs, biologistes ou cliniciens disposent désormais de modèles prédictifs capables d’éclairer leurs décisions et de faire émerger de nouveaux mécanismes biologiques. Ce dialogue fécond entre l’humain et la machine ouvre des perspectives inédites de recherche et d’innovation.

      Jean-Louis Fréchin convoque la vision transdisciplinaire d’Edgar Morin : l’IA fluidifie les échanges entre disciplines, facilite le dialogue entre experts et dote l’esprit humain d’outils puissants : la pensée analogique, la mémorisation, l’expérimentation. Elle amplifie la puissance créative tout en conservant une part d’imprévisible. Mais attention, ne jamais oublier qu’au départ, il y a toujours un Léonard. L’IA stimule les génies, elle ne les crée pas.

      Alix Pradère en fait quotidiennement l’expérience : le modèle Artha repose sur l’articulation entre hardware (camera, ceinture), software (logiciels) et usages (besoin du client), une pluridisciplinarité essentielle à l’innovation.

      Pour faire émerger ces futurs Léonard et cultiver le génie artistique ou scientifique, l’éducation doit demeurer au cœur de la société. Former les esprits à la philosophie autant qu’aux sciences, les ouvrir à l’art et à l’anthropologie, c’est garantir une réflexion libre et éclairée. Si l’intelligence artificielle doit rester un instrument de progrès, elle ne pourra l’être que par une éducation capable de nourrir la curiosité, la culture et l’esprit critique dès le plus jeune âge.

      L’IA, la révolution des organisations des modèles d’affaires ?

      Dans les organisations, la transition est moins une question de technologie que de culture. Comme le rappelle Jean-David Aurange, associé chez KPMG, de nombreuses entreprises peinent à mesurer le retour sur investissement de leurs projets liés à l’IA. L’enjeu réel est ailleurs : transformer les organisations en profondeur pour redéfinir la valeur autour de l’humain. Identifier les tâches à plus forte valeur cognitive, construire un futur désirable, aligner la performance sur la raison d’être : tel est le véritable cap.

      L’intelligence artificielle permet déjà de modéliser finement les organisations de demain : évolution des métiers, articulation des compétences, pilotage du capital humain. Pour qu’elle demeure un levier de développement collectif plutôt qu’un facteur d’appauvrissement intellectuel, il est indispensable de réinventer nos modèles éducatifs et de placer la culture au cœur de nos politiques de transformation.

      Plus qu’un outil, l’intelligence artificielle se révèle un miroir : celui de notre capacité à penser l’avenir sans renoncer à ce qui fait notre humanité.

      Contact :

      Albane Liger-Belair

      Directrice Associée, Innovation

      KPMG en France


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