Face à une économie française sous tension, le BFR est plus que jamais un indicateur stratégique de performance.
BFR et performance sectorielle : décryptage des tendances françaises
Publié le 13 novembre 2025
Dans un contexte économique toujours fragile, marqué par un ralentissement de la croissance (+1,2 % 2024, +0,8 % attendus en 2025 selon les dernières estimations de l’INSEE), une inflation persistante et la remontée des taux d’intérêt, les coûts de financement pèsent lourdement sur la trésorerie. La combinaison inflation + taux rend le financement de court terme (découvert, affacturage, billets de trésorerie) nettement plus cher qu’avant 2022.
À ces tensions économiques s’ajoute une instabilité politique et sociale persistante — gouvernement fragile, dette publique record et pressions commerciales entravant la demande externe — rendant les capacités d’investissement beaucoup plus incertaines.
Dans un contexte où près de 66 000 entreprises ont fait défaut en 2024, un niveau inédit depuis 2010, le BFR s’impose comme un baromètre essentiel de la santé financière des entreprises françaises.
Notre analyse s’appuie sur un panel de plus de 400 sociétés cotées françaises, sur la période 2020-2024, et propose un éclairage sectoriel et par taille d’entreprise pour identifier les tendances de fond et les leviers d’optimisation du BFR.
Le BFR en France : évolution et analyse des délais
Des délais clients qui s’améliorent, mais des stocks qui pèsent lourd.
Histogramme en barres empilées présentant le CCC médian en jours de 2020 à 2024. Les valeurs globales indiquées en haut des barres sont : 69 jours en 2020, 63 en 2021, 66 en 2022, 69 en 2023 et 68 en 2024, montrant une légère baisse de 69 à 68 entre 2023 et 2024.
Chaque barre détaille trois composantes : DSO, DPO et DIO. Pour 2024 : DSO 64 jours, DIO 90 jours et DPO (–86) jours. Les valeurs des trois composantes varient légèrement d’une année à l’autre.
Une flèche annotée “–1” met en évidence la baisse entre 2023 et 2024.
Le Cash Conversion Cycle (CCC), ou cycle de conversion de trésorerie, mesure le nombre de jours nécessaires pour transformer les investissements en stocks en liquidités.
Il se calcule ainsi : CCC = DSO (délai moyen de paiement clients) + DIO (délai moyen de rotation des stocks) – DPO (délai moyen de paiement fournisseurs).
Sur la période 2020-2024, le CCC médian des entreprises françaises a connu des fluctuations notables : après une amélioration entre 2020 (69 jours) et 2022 (66 jours), le CCC a rebondi à 69 jours en 2023, avant de s’établir à 68 jours en 2024.
Cette évolution s’explique principalement par une hausse des stocks (DIO), qui atteignent un pic de 90 jours en 2023 et 2024, tandis que les délais clients (DSO) ont reculé à 64 jours en 2024, leur plus bas niveau sur cinq ans, mais représentant 45 jours contractuels et 19 jours de retard moyen, un délai caché qui pèse directement sur le cash des entreprises.
Les délais fournisseurs (DPO), quant à eux, se sont légèrement détériorés, passant de 89 à 86 jours sur la même période. Près d’une facture sur trois est désormais payée en retard, ce qui témoigne d’un recours systémique au retard fournisseur comme mode de financement à court terme. Ce recours au retard de paiement est particulièrement marqué chez les PME/ETI, faute d’accès au financement court terme.
Ces tendances sont confirmées par l’Observatoire des délais de paiement de la Banque de France, qui souligne dans son rapport 2024 que les retards de paiement clients et fournisseurs restent élevés et peinent à s’améliorer.
Des secteurs à deux vitesses : la santé et l’aéronautique sous pression, l’automobile en tête
Graphique listant le CCC 2024 en jours pour dix secteurs, avec trois valeurs par secteur : 1er quartile, médiane et 3ᵉ quartile.
Les secteurs et leurs valeurs visibles sont :
– Immobilier : 1er quartile (87), médiane 48, 3ᵉ quartile 306.
– Santé & Sciences de la vie : 45, 108, 191.
– Énergie & Ressources naturelles : 32, 41, 163.
– Industries, Aéro. & Défense : 58, 109, 162.
– Technologie, Média & Télécom : 9, 48, 131.
– Biens de consommation & Distribution : 18, 77, 120.
– Transport & Mobilités : (10), 19, 88.
– Automobile : 6, 24, 76.
– Hôtels, Restaurants & Loisirs : (29), (26), (13).
Les valeurs varient fortement selon les secteurs, et chaque ligne utilise trois marqueurs distincts pour représenter les quartiles.
En 2024, le CCC médian varie fortement selon les secteurs :
Au sein de chaque secteur, la large dispersion des CCC, notamment dans l’immobilier (de -87 à 306 jours) et l’énergie (de 32 à 163 jours), met en évidence la diversité des modèles économiques et des niveaux d’efficacité en matière de gestion du BFR. Certains secteurs cumulent BFR élevé couplé à un risque fort de défaillance : construction, immobilier, transport et services aux entreprises. Dans ces secteurs, un allongement de 5 à 10 jours de DSO peut suffire à déclencher une rupture de trésorerie, voire une cessation de paiement.
Cette hétérogénéité souligne l’existence d’opportunités ciblées d’amélioration pour les entreprises, en fonction de leur modèle d’activité, et de leurs pratiques de gestion internes.
Les PME et ETI en première ligne face aux tensions de trésorerie
Graphique en courbes présentant le CCC en jours selon la taille d’entreprise : petites (0–250 M€), moyennes (250–2500 M€) et grandes (+2500 M€).
Pour les petites entreprises, les valeurs indiquées sont 77, 73, 89, 80 et 87.
Pour les moyennes entreprises : 83, 88, 87, 81 et 84.
Pour les grandes entreprises : 38, 33, 31, 35 et 38.
Les trois courbes montrent des variations différentes selon la taille d’entreprise.
Une légende identifie chaque catégorie par une couleur distincte.
En 2024, les PME (CA < 250m€) affichent un CCC médian de 87 jours, contre 84 jours pour les ETI (entre 250m€ et 2,5md€) et seulement 38 jours pour les grandes entreprises (> 2,5md€).
Cette détérioration du cycle de conversion de trésorerie touche toutes les tailles d’entreprises :
- Les grandes entreprises, mieux armées pour optimiser leurs processus et négocier avec leurs partenaires, parviennent à limiter la hausse de leur BFR, une marge de manœuvre dont ne disposent pas les PME.
- Mais reste plus marquée chez les petites entreprises (+7 jours par rapport à 2023), qui disposent de moins de leviers de négociation avec leurs fournisseurs et subissent davantage les tensions de trésorerie.
Le BFR : un enjeu stratégique, entre risques et opportunités
La gestion du BFR est aujourd’hui un enjeu stratégique, à la croisée de plusieurs défis :
Comment KPMG peut vous accompagner ?
Dans un environnement où chaque jour de trésorerie compte, le pilotage du BFR devient un levier stratégique de performance et de compétitivité.
Nos experts accompagnent les organisations pour transformer cette contrainte en opportunité à travers :
- Des diagnostics flash de la situation de Trésorerie et du BFR permettant d’identifier rapidement les sources de gains potentiels et les actions à mettre en place pour les concrétiser ;
- Un accompagnement à la mise en place d’outils structurants (prévisions à 13 semaines, cash cockpit).
- Un accompagnement opérationnel pour définir, développer et déployer des changements pratiques pour améliorer la gestion de vos flux de trésorerie, le suivi du BFR et la rotation de vos actifs circulants ;
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Auteur : Charles Laporte, Deal strategy chez KPMG en France.