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      Les fabricants canadiens déplacent leur production vers les États-Unis, et ce mouvement est important. Les pressions économiques et l’incertitude commerciale accélèrent ce changement, mais il n’est pas purement défensif. Les sociétés se repositionnent également pour favoriser leur croissance, en se rapprochant des clients, des chaînes d’approvisionnement et des offres à marge élevée.

      Alors que l’avenir de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique est en jeu, le sondage de 2026 de KPMG Canada sur le secteur de la fabrication indique que 42 % des sociétés ont déjà déménagé ou prévoient de déménager une partie ou la totalité de leur production de l’autre côté de la frontière. La plupart d’entre elles conservent encore une présence au Canada, mais la suite des choses sera tributaire de la destination des capitaux et de la capacité du Canada à les attirer.

      Le secteur de la fabrication se transforme sous les pressions structurelles

      Le secteur de la fabrication au Canada évolue rapidement. L’incertitude commerciale, le raffermissement de l’économie américaine et des environnements opérationnels différents donnent lieu à une réorganisation des endroits où les sociétés choisissent de produire, d’investir et de croître.

      Cette situation est amplifiée par la relance du secteur de la fabrication aux États-Unis, soutenue par des mesures politiques comme l’Inflation Reduction Act et la croissance rapide de l’intelligence artificielle, de l’infrastructure de données et de la demande de puissance de calcul.

      Parallèlement, le secteur canadien de la fabrication a fait face à des défis persistants au cours des deux dernières décennies. Des changements de politiques et des chocs répétés ont érodé sa compétitivité à l’échelle internationale. La part du Canada du marché de la fabrication aux États-Unis ne s’est pas redressée, tandis que le Mexique et plusieurs économies asiatiques ont accru la leur.

      L’incertitude commerciale et les tarifs douaniers font maintenant l’effet d’un point critique, ajoutant encore à la pression. Le Canada conserve d’importants avantages, notamment des taux d’intérêt plus bas, une souplesse en matière de taux de change, la stabilité politique et une main-d’œuvre hautement qualifiée. Toutefois, des désavantages structurels demeurent : un marché plus petit, une réglementation fragmentée entre les provinces et des coûts de transport plus élevés.

      Les nouvelles lois américaines, dont le One Big Beautiful Bill, offrent des avantages fiscaux pour les activités à long terme et s’appuient sur des mesures antérieures comme la loi intitulée Tax Cuts and Jobs Act.

      Cette dynamique témoigne de défis de longue date en matière de compétitivité ainsi que de l’émergence d’une économie américaine de plus en plus axée sur la technologie, l’IA et l’infrastructure nécessaire pour la soutenir.

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      Il ne s’agit pas d’un retrait massif du Canada, mais d’un rééquilibrage stratégique des capitaux qui permettra aux sociétés de dégager de meilleurs rendements. Nous avons tendance à oublier que bon nombre de ces sociétés sont nord-américaines dans leurs perspectives; les décideurs doivent se concentrer sur les différences relatives entre les trajectoires économiques et les environnements opérationnels dans les territoires où les sociétés peuvent librement s’installer.
      Ali Jaffery

      associé et économiste en chef

      KPMG Canada


      Certaines sociétés déplacent leur production au sud de la frontière, tandis que d’autres gardent leurs activités au Canada, mais en réduisant leurs investissements. Le Canada reste un modèle opérationnel, mais son rôle dans la croissance future diminue.

      Les liens étroits qu’entretient le secteur avec les États-Unis continuent de façonner les décisions dans ce domaine. Quatre-vingt-six pour cent des fabricants exercent des activités à l’extérieur du Canada, et 61 % affirment que leur entreprise dépend de l’accès au marché américain. 

      Les sociétés ont déjà commencé à agir

        • 29 % ont déjà transféré une partie ou la totalité de leur production aux États-Unis
        • 13 % prévoient de le faire

        Au total, 42 % des sociétés ont déménagé ou se préparent à le faire, ce qui est suffisant pour redéfinir la capacité et réorienter les investissements futurs. Parmi les sociétés qui envisagent une relocalisation, 77 % prévoient de le faire d’ici deux ans.

        Les décisions concernant les sièges sociaux vont dans le même sens. Si 80 % des répondants déclarent ne pas avoir l’intention de déménager le leur, 11 % prévoient de transférer leur siège social aux États-Unis d’ici cinq ans. Bien que ce nombre soit encore limité, ces données indiquent où les sociétés s’attendent à ancrer leur leadership, leurs capitaux et leur croissance à long terme.  

        La taille influe sur le rythme

        Les pressions sous-jacentes sont uniformes pour l’ensemble du secteur, mais la taille des sociétés détermine la rapidité avec laquelle elles réagissent. L’intégration des grands fabricants à l’échelle mondiale a tendance à être plus vaste, et leurs décisions concernant la production transfrontalière sont plus avancées.

        Les données font ressortir une nette différence selon la taille des sociétés : 

        < 300M$:

        • 34 % ont transféré une partie ou la totalité de leur production aux États-Unis ou prévoient de le faire
          • 20 % ont déjà transféré une partie ou la totalité de leur production aux États-Unis
          • 14 % prévoient de le faire

        ≥ 300M$:

        • 49 % ont transféré une partie ou la totalité de leur production aux États-Unis, ou prévoient de le faire 
          • 38 % ont déjà transféré une partie ou la totalité de leur production aux États-Unis
          • 11 % prévoient de le faire 

        Bien que les plus petites sociétés indiquent qu’elles souhaiteraient déménager, les grandes entreprises sont plus avancées dans la mise en œuvre de ces décisions et sont près de deux fois plus susceptibles d’avoir déjà transféré leur production.

        Dans l’ensemble, la taille ne change pas la direction du déplacement, mais elle influe sur son rythme. Les entreprises plus grandes et plus intégrées à l’échelle mondiale réagissent plus tôt et à plus grande échelle, tandis que les plus petites restent au début du cycle. Cette situation souligne à la fois l’ampleur potentielle du mouvement et la probabilité que des tendances similaires émergent au sein d’autres secteurs.

        Cette perspective est particulièrement pertinente pour des sous-secteurs comme la fabrication de produits alimentaires, l’un des plus grands segments de fabrication du Canada, étroitement lié aux produits de consommation, où une dynamique similaire pourrait avoir des répercussions significatives sur les chaînes d’approvisionnement nationales, les investissements et la compétitivité à long terme.

          Les sociétés se rééquilibrent au-delà des frontières

          Le coût est au cœur de cette dynamique, mais il n’agit pas seul. Les tarifs douaniers et l’incertitude commerciale créent des pressions immédiates, en plus de facteurs structurels tels que la main-d’œuvre, les coûts d’exploitation, la fiscalité, la réglementation et l’accès aux capitaux. Combinées à la taille du marché et à l’efficience des chaînes d’approvisionnement, ces forces motivent les décisions de relocalisation.

          Les raisons que donnent les sociétés reflètent ces facteurs. En effet, les tarifs douaniers, l’incertitude commerciale et la baisse des coûts d’exploitation sont les motifs les plus souvent cités, appuyés par des facteurs structurels tels que la taille du marché, les régimes fiscaux et l’efficience des chaînes d’approvisionnement.

          Cette dynamique se traduit par des changements concrets. La production, les chaînes d’approvisionnement et les capitaux se retrouvent de plus en plus aux emplacements à rendement plus élevé.

          Par conséquent, alors que le Canada continue de servir de base pour la direction et la coordination, les investissements dans la production et la croissance sont de plus en plus répartis à l’échelle les États-Unis. Le défi pour les chefs d’entreprise consiste à maintenir une position concurrentielle au Canada dans un modèle opérationnel plus décentralisé.

          Les investissements ralentissent tandis que la capacité se maintient

          Cinquante-sept pour cent des sociétés ont réduit, suspendu ou annulé leurs dépenses en capital :

          • 36 % ont réduit leurs dépenses en capital
          • 12 % ont suspendu leurs dépenses en capital
          • 9 % ont complètement annulé leurs dépenses en capital
          • Du côté des investissements en recherche et développement, 42 % les ont réduits ou suspendus.

          Les activités restent en grande partie en place, mais les investissements ralentissent. Cet écart est important parce qu’il s’accroît. La capacité ne change pas d’un coup; elle évolue au gré des décisions répétées de reporter ou de réduire des investissements. L’équipement vieillit, les gains de productivité s’amenuisent ou s’inversent, et de nouvelles capacités émergent ailleurs.

          Cinquante-deux pour cent des sociétés décrivent être actuellement en « mode endurance ». À court terme, il pourrait s’agir d’une réponse rationnelle à l’incertitude. Au fil du temps, cependant, la réduction des investissements rend plus difficile le retour de la compétitivité.

          Par ailleurs, 32 % des répondants ont déclaré que leurs marges étaient plus élevées lorsqu’ils produisent et vendent aux États-Unis que lorsqu’ils exportent du Canada, et 35 % ont indiqué que leurs marges étaient plus élevées sur leurs ventes internationales à partir des États-Unis.

          Ces décisions ne sont pas reportées. Les sociétés réagissent aux conditions actuelles plutôt que d’attendre une plus grande clarté commerciale ou politique, et les effets se font déjà sentir.

          Bien que les tarifs et les pressions sur les coûts soient des éléments déclencheurs, de nombreuses sociétés poursuivent également leur croissance en se rapprochant de leurs clients et en dégageant des marges plus solides.

          La dynamique de la demande des clients et des chaînes d’approvisionnement renforce cette transformation. À mesure que les réseaux de production se réorientent vers les États-Unis, les sociétés s’efforcent de demeurer pertinentes auprès de leurs principaux acheteurs et de se positionner dans des écosystèmes plus efficients et à rendement plus élevé.

          Il existe un risque que ces mouvements s’accélèrent rapidement. À mesure que les capitaux sont redirigés et que les chaînes d’approvisionnement se réorganisent, les décisions commencent à se confirmer, devenant plus difficiles à renverser.

          « Acheter canadien » soutient la demande

          Lorsque les fabricants décrivent les conditions qui guideraient leurs décisions d’investissement futures, un ensemble cohérent de priorités se dégage : une plus grande certitude quant au libre-échange et à l’allégement des tarifs, une baisse de l’impôt des sociétés, une amélioration du coût de la vie et de l’abordabilité des logements, des coûts de l’énergie moins élevés et l’accès à des travailleurs qualifiés.

          Les capitaux demeurent mobiles et continuent d’affluer vers les pays qui obtiennent les meilleurs résultats dans ces domaines.

          Malgré tout, les investissements au Canada n’ont pas cessé. Soixante pour cent des fabricants ont indiqué qu’ils consacraient des sommes importantes à la fabrication de pointe et à la robotique, bien que les décisions dans ce domaine soient de plus en plus ciblées.

          Fait important, 55 % des fabricants affirment qu’il est essentiel que le mouvement « Achetez canadien » se poursuive :

          • 47 % ont indiqué avoir enregistré une augmentation des ventes liée au mouvement
          • 50 % ont dit que le moral des membres du personnel s’est amélioré

          Ces pourcentages reflètent à la fois la réponse du marché et une dynamique de la main-d’œuvre qui se stimulent mutuellement. 

          Les prochaines étapes détermineront le rôle du Canada

          Le changement prend forme au fil des décisions individuelles.

          Chaque décision d’investissement, de transfert de production et d’embauche se répercute sur un modèle plus large qui refaçonne progressivement l’infrastructure industrielle, qui gagne en visibilité à mesure que les changements s’additionnent.

          Le Canada conserve des avantages réels, notamment une main-d’œuvre hautement qualifiée, un vaste accès au commerce, la stabilité politique et une solide intégration aux marchés nord-américains. Ces facteurs continuent d’avoir de l’importance, même si les coûts et la compétitivité ont plus de poids dans la prise de décisions. Au fil du temps, l’évolution de la dynamique du commerce mondial pourrait renforcer la position du Canada, lorsque la production américaine sera exposée à des coûts des intrants plus élevés et que le Canada offrira une base tarifaire moins élevée.

          Les sociétés exercent leurs activités selon des paramètres plus stricts, et les décisions reflètent de plus en plus la conjoncture actuelle et les attentes à court terme. Les équipes de direction définissent leur présence de manière plus explicite, en clarifiant le rôle que joue le Canada, le niveau d’investissement qui soutient ce rôle et la façon dont il se compare à d’autres marchés.

          La logique est simple : les investissements façonnent la capacité, et la capacité façonne la croissance.

          Le Canada continuera de jouer un rôle dans l’équation du secteur de la fabrication. La question est de savoir quel sera ce rôle, ce qui dépendra de l’efficacité avec laquelle il fera concurrence pour obtenir des capitaux dans un système qui récompense de plus en plus les coûts, la clarté et le rendement. 

          Ce que les fabricants peuvent faire dès maintenant

          Les fabricants repositionnent déjà leurs activités et leurs capitaux en réponse à l’évolution de la production, des chaînes d’approvisionnement et des investissements.

          • Définissez votre rôle transfrontalier en précisant les domaines où le Canada et les États-Unis sont le plus performants
          • Affectez les capitaux avec discipline, en mettant l’accent sur les investissements à rendement élevé comme l’automatisation et la fabrication de pointe
          • Accélérez l’automatisation et l’adoption de l’IA pour améliorer l’efficience et les marges
          • Repensez les chaînes d’approvisionnement pour équilibrer les coûts, la résilience et la proximité des principaux marchés
          • Optimisez les structures fiscales et commerciales pour améliorer les rendements après impôts
          • -Tirez parti du positionnement sur le marché là où il stimule la demande ou la différenciation
          • Planifiez en fonction de multiples scénarios en soumettant des stratégies à des simulations de crise liées à différents résultats commerciaux et politiques.

          Ces actions ne sont pas uniquement défensives. Elles permettent aux organisations de répondre aux pressions actuelles tout en demeurant concurrentielles à mesure que les conditions évoluent.

            Comment nous pouvons vous aider

            KPMG Canada aide les fabricants à s’y retrouver dans ces changements en adaptant leurs stratégies de croissance, de gouvernance et de rendement aux conditions changeantes du marché.

            Notre équipe aide les organisations à transformer ces pressions en décisions claires et concrètes, notamment par les moyens suivants :

            • Exploration de la fiscalité, des activités commerciales et de la réglementation dans le contexte de la fiscalité, du commerce international et de la conformité aux États-Unis
            • Affectation des capitaux et établissement des priorités en matière d’investissement, dont la modélisation de scénarios
            • Transformation de la chaîne d’approvisionnement et du modèle opérationnel
            • Amélioration des coûts, de la performance et de la productivité grâce à l’analyse de données et à l’IA
            • Croissance et opérations stratégiques, y compris les partenariats et les fusions et les acquisitions

            Forts d’une vaste expérience sectorielle et du réseau mondial des groupes Audit, Fiscalité et Services-conseils, nous aidons nos clients à réagir aux pressions immédiates tout en les positionnant pour demeurer concurrentiels à long terme. 

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            Anamika Gadia

            Associée, Services-conseils transactionnels, Restructuration et redressement d’entreprise, et leader nationale, Marchés industriels

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