Au cours des dernières années, la législation canadienne visant à prévenir le travail forcé et le travail des enfants a fonctionné en grande partie comme prévu. Les sociétés communiquent les informations et le gouvernement les recueille. La loi a été conçue pour favoriser la transparence, et non la coercition. Mais cette époque tire à sa fin, et pas parce qu’Ottawa a soudainement une propension pour l’application de la loi. Mais plutôt parce que les États-Unis nous observent.
Le Canada est l’un des 60 pays sur lesquels l’administration américaine enquête actuellement en vertu du paragraphe 301(b) de l’US Trade Act of 1974 afin de déterminer si ces pays en font assez pour empêcher les biens fabriqués par le travail forcé d’entrer aux États-Unis. Si cette enquête conclut que le Canada ne parvient pas à faire respecter l’interdiction d’importer des biens fabriqués par le travail forcé décrétée par les États-Unis, des droits de douane pouvant atteindre 25 % ou d’autres mesures commerciales pourraient être imposés. Le représentant au commerce des États-Unis, Jamieson Greer, veut que l’enquête soit terminée d’ici la fin juillet, soit à peu près au moment où les tarifs douaniers mondiaux temporaires de 10 % arriveront à échéance.
La conclusion de l’enquête n’est pas difficile à prédire. Le Canada sera rapidement contraint d’adopter une attitude beaucoup plus ferme, qui se traduira par des obligations de déclaration plus étendues, une mise en application réelle à la frontière et, en fin de compte, une loi plus musclée.
La Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement du Canada est entrée en vigueur en 2024 avec un objectif restreint : attirer l’attention sur les chaînes d’approvisionnement. Elle exige que certaines entités rendent compte chaque année des mesures qu’elles ont prises pour réduire le risque de recours au travail forcé et au travail des enfants dans l’ensemble de leurs chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais surtout, elle n’exige pas des sociétés qu’elles éliminent ces risques, mais seulement qu’elles décrivent ce qu’elles ont fait (ou n’ont pas fait). Malgré ces exigences de déclaration minimales, une évaluation de KPMG de plus de 5 000 déclarations soumises par des sociétés canadiennes en 2025 a révélé que moins de 5 % d’entre elles étaient clairement conformes aux multiples critères de déclaration énoncés dans la loi.