Depuis deux ans, les membres des conseils d'administration se posent, sous diverses formes, les mêmes questions : comment utilisons-nous l'IA? Investissons-nous dans les bons cas d'utilisation? Que font nos concurrents? Nos données sont-elles protégées?
Ces questions sont légitimes et il est relativement facile d'y répondre. Mais les véritables interrogations sont plutôt les suivantes : notre modèle d'affaires de base sera-t-il perturbé par l'IA et, le cas échéant, que deviendrons-nous? Avons-nous déterminé les produits, services et processus à remodeler? Avons-nous un plan pour mettre en place les garde-fous appropriés?
Comme ces questions peuvent sembler abstraites, voici quelques exemples concrets. Lors d'une récente mission exploratoire dans la Silicon Valley, nous en avons observé quelques-uns : une multinationale spécialisée dans les réseaux informatiques, qui assure la circulation de données dans le monde entier, planifie confier à l'IA la rédaction de l'ensemble de son code d'ici la fin de 2027. Après seulement 14 mois, l'IA génère déjà 70 % de sa base de code. Une compagnie d'assurance qui cherche des moyens d'optimiser son centre d'appels utilise désormais un système d'IA agentique pour traiter l'ensemble des demandes d'indemnisation dès le premier appel, en simulant des centaines de scénarios avant de formuler la réponse la plus appropriée. Mis en service en février, ce système permettra à la société de fermer deux de ses quatre plus grands centres d'appels cette année. Le message est clair : l'IA passe du stade de projets pilotes et d'outils de productivité accessoires à un rôle central dans les modèles opérationnels de base, ce qui accentue le fossé entre les organisations qui repensent leurs méthodes de travail et celles qui en sont toujours à l'étape de l'expérimentation.
Ce clivage affectera surtout le marché du travail. Les conseils d'administration seront confrontés au risque de remplacement des emplois, mais la grande question est de savoir si les personnes sont prêtes à travailler au rythme et à l'échelle imposés par l'IA. Le risque le plus sérieux réside cependant dans le déplacement des capacités; certaines organisations redéfinissent le travail autour de l'IA, tandis que d'autres peinent encore à convaincre leur personnel d'utiliser les licences d'outils déjà acquises. L'IA mettra rapidement en évidence les employés, les équipes et les fonctions qui ont la possibilité de devenir dix, cinquante ou cent fois plus productifs, et, à l'inverse, ceux qui demeurent ancrés dans des modes de fonctionnement dépassés. Ainsi, pour les conseils d'administration, la réflexion doit porter sur une démarche réfléchie d'habilitation qui comprend le développement des compétences, la redéfinition des rôles, des indicateurs d'adoption de l'IA, des incitatifs, des mécanismes de gouvernance ainsi qu'une grande clarté quant aux aspects pour lesquels le jugement humain demeure essentiel.