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      Texte initialement publié dans le magazine Canadian Defence Review

      Pour le Canada, la souveraineté dans le Nord est indissociable de la sécurité.

      Cependant, nous ne pouvons pas affirmer notre souveraineté et défendre notre pays tant que l’Arctique ne dispose pas d’infrastructures solides. Nous ne pouvons pas non plus saisir de nouvelles occasions d’exportation, relier les communautés ou accroître la prospérité du Nord sans investir dans les transports, l’énergie, les communications et les services sociaux, le tout en respectant la nature et les relations avec les communautés autochtones nordiques.

      Le budget de 2025 marque un changement déterminant et historique dans l’engagement du Canada. Ce budget comprend la création du Fonds d’infrastructure pour l’Arctique qui, doté d’un milliard de dollars répartis sur quatre ans, soutiendra des projets de transport dans le Nord pouvant avoir un usage à la fois civil et militaire, comme des aéroports, des ports de mer, des routes praticables en toute saison et des autoroutes. Le Fonds fait partie d’un investissement de six milliards de dollars sur sept ans visant à construire des infrastructures à double usage, lequel est administré par Transports Canada en partenariat avec la Banque de l’infrastructure du Canada, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, l’Agence canadienne de développement économique du Nord et la Défense nationale. Iqaluit, Inuvik et Yellowknife, qui ont été désignées comme des centres militaires de l’Arctique, fourniront des communications, une infrastructure de transport et un entreposage sécuritaire des fournitures, qui sont des catalyseurs essentiels à des opérations continues.


      Comment composer avec l’urgence dans l’exécution

      Le besoin de créer des infrastructures dans l’Arctique canadien est urgent, et la réponse à celui-ci s’avère complexe.

      Tous les projets à ce chapitre doivent s’aligner les uns sur les autres, ce qui nécessite une coordination et une harmonisation soutenues entre de nombreuses parties prenantes. Pour y arriver, il faut mettre sur pied un programme d’infrastructure pour l’Arctique qui cerne les besoins de chaque projet dans le cadre de la stratégie globale, laquelle vise à renforcer la sécurité, à améliorer la connectivité et à créer des avantages économiques durables.

      Une approche très disciplinée et méthodique est aussi cruciale pour mener à bien les projets dans un contexte rempli de défis, comme des mandats, des permis, des consultations et des processus décisionnels qui se chevauchent ou qui varient selon l’entité du secteur privé ou le gouvernement (fédéral, territorial, provincial, autochtone ou municipal). Une telle approche permettra également de s’assurer du respect des objectifs, des approbations et des échéanciers.

      En termes simples, il faut planifier, sécuriser et ordonnancer de façon réfléchie toutes les approbations requises ainsi que l’ensemble des partenariats à plusieurs niveaux, et veiller à une progression sans heurt. L’objectif est de maîtriser l’urgence; de raccourcir les délais sans compromettre le respect des obligations juridiques, la gérance environnementale, les partenariats avec les Autochtones et les engagements des parties prenantes.

      Même dans des conditions normales, les projets de grande envergure peuvent s’avérer difficiles à réaliser. Dans le cas du Nord, le climat extrême combiné à l’éloignement du territoire rend toute construction beaucoup plus coûteuse et complexe sur le plan logistique, ce qui renforce la nécessité d’adopter une approche rigoureuse et méthodique en matière de planification et d’exécution.

      Les six piliers pour se prémunir contre l’échec

      La gestion réussie des projets dans l’Arctique exige un cadre opérationnel axé sur six piliers essentiels :

      1. La planification des investissements et des opérations
      2. La gouvernance et la surveillance
      3. La structure organisationnelle et les mesures de rendement
      4. La structuration financière
      5. Les approbations et l’acceptabilité sociale
      6. La prestation et la gestion des risques.

      Une bonne gouvernance est cruciale pour la réussite des grands projets. Celle-ci consiste à examiner l’ensemble du projet afin de s’assurer que les décisions sont prises par les bonnes personnes, au moment opportun et à l’aide de renseignements exacts. Une telle gouvernance établit des protocoles clairs de responsabilisation, d’autorité et de transmission des problèmes, définit les rôles et les responsabilités, et intègre des mécanismes de surveillance et de présentation de l’information à tous les niveaux pour assurer l’harmonisation et la transparence tout au long du cycle de vie du projet.

      Bien que le projet de loi C-5 simplifie la réglementation fédérale, les propriétaires de projets doivent tout de même composer avec un écosystème aux permis et aux autorités de réglementation multiples. De plus, ils doivent consacrer davantage de temps et de ressources aux premières phases de projets, soit les efforts de mise en œuvre, afin d’établir une base solide pour la réussite. Cela comprend la mobilisation précoce des parties prenantes, des études environnementales préliminaires approfondies, une planification exhaustive des risques, différentes évaluations pour veiller à l’adoption de l’approche la plus faisable et durable, ainsi que la définition et la justification claires de la nécessité, des objectifs et des résultats souhaités du projet.

      Les projets dans l’Arctique exigent des cadres de gouvernance solides pour gérer la complexité et les risques, en plus d’assurer une responsabilisation, une surveillance et une transparence claires entre les intervenants fédéraux, territoriaux, provinciaux et autochtones.

      L’investissement d’un milliard de dollars associé au Fonds d’infrastructure pour l’Arctique marque un début prometteur, mais un financement prévisible et des modèles novateurs demeurent des incontournables.

      Les conditions de l’Arctique amplifient les risques qui pourraient survenir lors de la réalisation de projets : fonte du pergélisol, main-d’œuvre limitée, froid extrême et livraison de fournitures difficile dans les régions éloignées. Une planification initiale, une gestion des risques, des contrôles de projet, une planification de scénarios et des plans d’urgence solides sont essentiels pour respecter les échéanciers et les budgets.

      En mettant en œuvre des stratégies d’approvisionnement agiles, une construction modulaire et des technologies avancées comme des outils de surveillance de la chaîne d’approvisionnement, les organisations peuvent réduire les coûts, accélérer les échéanciers et surmonter les enjeux géographiques et climatiques.

      Le projet hydroélectrique Iqaluit Nukkiksautiit, confié au Bureau des grands projets à des fins d’approbation rapide, représente un exemple important d’une initiative qui fait la promotion de la souveraineté et de la défense de l’Arctique en plus de favoriser des communautés saines qui bénéficient d’énergie abordable.

      Ce projet, dont le coût est estimé à 500 millions de dollars, aidera Iqaluit à mettre fin à sa dépendance aux génératrices à moteur diesel. La phase initiale d’ingénierie et de conception du projet tire à sa fin, et la construction devrait commencer en 2028.

      La nécessité de l’intégration

      Grâce à des capacités de projection stratégique, à des solutions novatrices et au respect des partenariats avec les Autochtones, le Canada dispose d’une occasion sans précédent de bâtir un Arctique résilient, sûr et inclusif pour les générations à venir.

      Cette approche qui intègre la défense, le développement économique, le renforcement des liens communautaires, la gérance de l’environnement et la collaboration est non seulement ambitieuse, mais aussi essentielle.

      Ensemble, nous pouvons faire en sorte que l’Arctique témoigne d’une souveraineté durable, d’une résilience cocréée et d’une prospérité commune.

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      Leigh Harris

      Associée, Services-conseils – Management, Associée leader, Administration fédérale

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      Zach Parston

      Leader national, Projets d'infrastructure et d'investissement

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