Le rapport souligne que les sociétés doivent délaisser l’approche axée sur la délivrance d’un rapport sur la conformité en faveur d’améliorations importantes de leurs activités de diligence raisonnable. L’exercice 2024 a essentiellement servi de période d’adaptation pour les entités déclarantes et Sécurité publique Canada. En effet, le cadre est maintenant prêt pour la mise en place de mesures de surveillance et de conformité plus strictes pour les prochaines années, où d’autres changements devraient aussi se produire.
Dans un récent article du National Post3, le député John McKay propose que la responsabilité des rapports sur la lutte contre l’esclavage moderne qui incombe à Sécurité publique Canada soit transférée au Bureau de l’ombudsman canadien de la responsabilité des entreprises (« OCRE »), une entité gouvernementale chargée d’examiner les plaintes portant sur d’éventuelles attentes aux droits de la personne commises par des entreprises canadiennes menant des activités à l’extérieur du Canada. Il y précise que l’OCRE aurait besoin de se dissocier du gouvernement et d’avoir plus de pouvoirs pour faire appliquer les règles.
En outre, le Rapporteur spécial des Nations Unies, Tomoyo Obokata, a fait des observations semblables dans son rapport final à l’intention du Canada sur les efforts que déploie le pays pour prévenir et contrer les formes contemporaines d’esclavage4. M. Obokata recommande que le Canada renforce le mandat et les pouvoirs de l’OCRE, qu’il élargisse la portée de son action pour qu’elle englobe toutes les organisations canadiennes et lui donne le pouvoir d’obliger des personnes à témoigner et d’imposer plus de sanctions.
Dans l’article du National Post, le député John McKay mentionne également que d’autres lois pourraient être promulguées au Canada, exigeant que les entreprises adoptent une approche de « renversement du fardeau de la preuve » à l’égard des biens provenant de certaines régions où le risque de travail forcé est considéré comme élevé, notamment la région de Xianjiang en Chine. Plusieurs législateurs américains ont largement fait écho à ses observations dans des lettres adressées à la ministre canadienne de la Promotion des exportations, du Commerce international et du Développement économique, Mary Ng, exhortant le gouvernement canadien à adopter des règles plus contraignantes et à mieux les appliquer à l’avenir5.
Depuis juillet 2020, le gouvernement du Canada interdit l’importation de biens extraits, fabriqués ou produits, en tout ou en partie, par recours au travail forcé. L’interdiction d’importation a été imposée en vertu des engagements du Canada dans le cadre de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (« ACEUM »). Toutefois, le Canada et le Mexique ont récemment subi des pressions accrues de la part des États-Unis concernant la nécessité d’instaurer des règles plus strictes et une meilleure mise en application au Canada6.
Le 16 octobre 2024, la ministre Mary Ng a annoncé la tenue d’une consultation publique de 30 jours sur les mesures visant à renforcer l’application par le Canada de cette interdiction d’importation7.
Le gouvernement du Canada souhaite connaître l’opinion des parties prenantes sur les possibles avantages et risques des mesures suivantes visant à modifier le régime actuel :
- Publication d’une liste de risques – Une liste de biens exposés au risque de travail forcé sera publiée, sur la base des indicateurs de l’Organisation internationale du travail (OIT) et complétée par d’autres sources.
- Processus de « traçabilité minimale » – Les importateurs de biens figurant sur la liste de risques auraient le fardeau de fournir des documents concernant le parcours de ces biens dans les chaînes d’approvisionnement pour en assurer la traçabilité.
- Modification du modèle de recouvrement des coûts – Les importateurs de biens réputés avoir été fabriqués au moyen du travail forcé seraient responsables du paiement de tous les coûts liés à la détention, au retrait, à l’abandon ou à la confiscation de ces biens, notamment les frais de transport et de stockage.
- Mécanisme de règlement des différends – Un mécanisme simplifié serait créé pour résoudre les différends entre les importateurs et le gouvernement sur les décisions relatives à l’entrée sur le marché de certains biens.
- Renforcement des pouvoirs réglementaires – Les pouvoirs législatifs et réglementaires en ce qui concerne la collecte d’informations, l’application de la loi et l’organisation de l’ensemble des processus seront accrus en Amérique du Nord.
La consultation a pris fin le 15 novembre 2024. Les parties intéressées étaient priées de prendre en considération plusieurs aspects clés dans leurs observations, notamment :
- l’efficacité et la priorisation des mesures
- les outils et les sources d’information qui pourraient servir à dresser une liste de biens à risque
- les effets négatifs potentiels sur les travailleurs et les industries touchés et les mesures d’atténuation des risques.
Dans le contexte des pressions croissantes qui s’exercent tant au pays qu’à l’étranger pour lutter contre le travail forcé et le travail des enfants, les entreprises canadiennes doivent s’attendre à une réglementation et à une application de la loi plus rigoureuses à l’avenir.