La souveraineté désigne la « liberté à l’égard de tout contrôle extérieur » 1. Dans un contexte numérique, elle renvoie à la capacité du Canada de prendre ses propres décisions quant au fonctionnement de ses systèmes essentiels, à la protection de ses données et à la gestion des risques.
La souveraineté numérique est un concept multidimensionnel qui englobe la souveraineté sur le plan technique, opérationnel, juridique et des données. Bien que ces dimensions soient distinctes, elles reposent sur une exigence commune : une gouvernance solide. Sans processus de gouvernance clairs, la souveraineté peut s’éroder au fil du temps.
La souveraineté n’est pas absolue. En effet, elle s’inscrit plutôt dans un continuum. Au fur et à mesure que le Canada modernise l'environnement de ses centres de données, les décisions devront établir un équilibre entre les objectifs de souveraineté, les coûts, la complexité technique et les réalités opérationnelles. Certains systèmes pourraient exiger la prise en compte de tous les enjeux de souveraineté, tandis que d’autres pourraient nécessiter un niveau moindre de prise en compte.
Fait important, la souveraineté des données ne se limite pas au lieu où les données sont stockées. Elle concerne aussi la façon dont l’infrastructure est conçue, exploitée et gouvernée. Dans le cadre de son parcours de modernisation des centres de données, le Canada devrait envisager les mesures suivantes :
- élaborer des architectures techniques hybrides qui imposent des exigences de souveraineté pour les données à risque élevé;
- favoriser le perfectionnement actif des employés relativement aux nouvelles tendances en matière de technologies de centres de données, d’IA et de souveraineté;
- réaliser des évaluations de la chaîne d’approvisionnement du point de vue de la souveraineté;
- gérer les contrats de manière à faire respecter les exigences de souveraineté;
- intégrer la cybersécurité dès la conception, la protection de la vie privée dès la conception et la cryptoagilité en prévision des menaces post-quantiques;
- assurer une gouvernance continue afin de maintenir les objectifs en matière de souveraineté dans le temps.
La souveraineté ne découle pas d’une seule décision relative à l'architecture ou aux politiques. Elle exige une intention soutenue, des compromis éclairés et une gouvernance rigoureuse au fil du temps.
Alors que le Canada se prépare à un avenir axé sur l’IA, la réussite de ses initiatives dépendra de sa capacité à traiter la souveraineté comme un principe de conception intégré aux technologies, aux activités, aux contrats et aux personnes, et non comme une contrainte appliquée après la construction des systèmes.
En harmonisant des architectures techniques fondées sur les risques avec les capacités de la main-d’œuvre, l’assurance de la chaîne d’approvisionnement et une gouvernance durable, le Canada peut prendre des décisions en matière de souveraineté qui sont fondées sur la réalité et défendables. Cette approche lui permet de protéger ses données les plus sensibles tout en demeurant agile, novateur et responsable sur le plan financier. Ainsi, la souveraineté devient le fondement d’une infrastructure numérique digne de confiance et résiliente, plutôt qu’un obstacle à la modernisation.