• Chris Gandhu, Author |
5 minutes de lecture

C’est le dilemme ultime du juste équilibre : si vous léguez trop de richesse à vos enfants, vous risquez qu’ils croient y avoir droit, deviennent dépendants et soient démotivés. Si vous léguez trop peu, vous craignez que cela ne génère du ressentiment, de l’insécurité financière et de la discorde au sein de la famille. Alors, quel est donc le juste montant à transmettre?

Ce dilemme devient de plus en plus courant à mesure que les baby-boomers vieillissent et que les transferts de patrimoine s’accélèrent. Avec l’augmentation d’événements ayant une incidence sur la liquidité, comme une vente d’entreprise, déterminer le bon montant à léguer à la prochaine génération est une priorité pour de nombreuses familles.

Au cœur du problème se trouve un double désir que partagent la plupart des parents : voir leurs enfants réussir et les protéger des difficultés financières. Mais cela entre souvent en conflit avec l’objectif de favoriser l’indépendance, la motivation et la responsabilité. À en juger par la vague croissante de transferts de patrimoine, et par le nombre grandissant de clients du Bureau de gestion familiale à la recherche de conseils sur le juste équilibre, ce dilemme ne fait que s’intensifier.

Les familles qui s’attardent sur le « combien? » se posent la mauvaise question. Le véritable enjeu n’est pas tant à propos des chiffres : il s’agit plutôt de la préparation.

En tant que cycliste et coureur passionné, je peux faire un parallèle. Disons que vous vous préparez à un marathon ou à une course de cyclisme de longue distance.Sans une bonne préparation (alimentation, repos et plan d’entraînement efficace), vous vous exposez à l’échec (demandez-moi quelles sont les conséquences d’un demi-marathon sans une préparation adéquate, alors que j’étais un jeune débutant). La réussite repose sur des mois, voire des années, d’entraînement, de préparation mentale et de stratégie.

Le même concept s’applique au transfert de patrimoine. Il ne s’agit pas de la taille de l’héritage à la ligne d’arrivée, mais du degré de préparation de la prochaine génération quant à sa gestion. Qu’il s’agisse de 1 million, de 10 millions ou de 100 millions de dollars, on ne peut pas s’attendre à ce que nos enfants gèrent leur patrimoine de façon responsable s’ils n’ont pas été informés, éduqués et outillés pour le gérer efficacement.

La vraie question n’est donc pas de savoir combien d’argent transmettre à la prochaine génération, mais plutôt comment la préparer.

Parlons-en

Les bases de la préservation du patrimoine reposent sur des conversations ouvertes et honnêtes. Pourtant, de nombreuses familles évitent ces discussions, croyant protéger leurs bénéficiaires (et le patrimoine familial lui-même) en gardant les détails financiers confidentiels.Ce secret conduit souvent au moment classique de la « lecture du testament », où les surprises et les revirements inattendus surviennent, ouvrant, à terme, la voie à des divisions au sein de la famille.

Éviter ces conversations ne crée pas seulement des lacunes en matière de connaissances, mais aussi des lacunes du point de vue des attentes. Les enfants qui ne comprennent pas le patrimoine de leur famille font souvent des suppositions silencieuses sur leur avenir, ce qui entraîne un choc, du ressentiment ou des conflits familiaux lorsque la réalité ne correspond pas à leurs attentes.

Il en va de même pour les entreprises familiales. Sans des discussions proactives, les hypothèses s’enracinent : « Je pensais que j’allais être le prochain chef de la direction », affirme un frère ou une sœur.« Je croyais que j’obtenais cette part de l’entreprise », dit un autre. Un frère ou une sœur s’est senti pris de court, un autre a été trahi; chacun avait construit son avenir autour d’une attente qui n’avait jamais été confirmée. Au lieu d’être une occasion d’affaires, la transition d’entreprise est devenue une source de tension.

Un manque de communication peut également entraîner des malentendus et miner la confiance dans la famille. Prenons l’exemple d’un couple marié d’entrepreneurs qui ont vendu leur entreprise pour une somme importante. Lors d’une de nos rencontres, j’ai demandé ce que leurs jeunes enfants adultes pensaient de la vente. À ma grande surprise, ils ne leur en avaient pas parlé de peur que les enfants pensent qu’ils n’auraient plus jamais à travailler.

À ce moment-là, l’information était publique, voire digne d’intérêt, et facile à trouver en faisant une recherche sur Internet. J’ai conseillé aux parents d’aborder la vente directement avec leurs enfants avant qu’ils ne la découvrent par des sources externes. Sinon, ils risquaient de ne pas avoir la version complète de l’histoire, de tomber sur des inexactitudes, ou pire encore, de se retrouver au cœur d’un conflit familial.

Ironiquement, fuir les conversations pour éviter que les enfants croient avoir droit au patrimoine se retourne souvent contre les parents. Si les parents ne parlent pas ouvertement de la fortune, les enfants peuvent penser qu’elle est illimitée, ce qui entrave leur capacité à la comprendre ou à l’apprécier.Pire encore, sans clarté, le patrimoine devient une source de stress silencieux. Certains héritiers peuvent craindre de se retrouver avec trop de responsabilités, tandis que d’autres développent un état d’esprit « vivre au jour le jour », en supposant que les ressources sont infinies sans vraiment les comprendre.

Construire un héritage fondé sur la raison d’être, et non les privilèges

Toutefois, la communication à elle seule ne suffit pas. Pour préparer la prochaine génération à gérer le patrimoine familial, vous devez lui inculquer des valeurs qui favorisent la détermination interne, la résilience et l’indépendance; des traits qui motivent souvent les entrepreneurs et les créateurs de richesse. C’est là que les fondateurs et les propriétaires d’entreprise ont un avantage inhérent : ils ont un sens du devoir et une volonté intérieure de créer et d’innover, des qualités qui sont essentielles pour bâtir un succès durable.

Si la prochaine génération n’a pas l’occasion de développer ces traits de caractère, elle pourrait ne pas comprendre ou apprécier la richesse dont elle hérite. C’est ce qu’on appelle la « cage dorée » : vivre dans un monde de privilèges sans but. Dans de telles situations, le patrimoine familial et l’héritage peuvent être menacés.Il est essentiel de promouvoir les valeurs, l’indépendance et la responsabilité pour veiller à ce que les générations futures évitent le piège de la cage dorée et apprennent à trouver un équilibre entre l’épanouissement personnel, la gestion financière et la valorisation du patrimoine.

Lorsque vous commencez à réfléchir aux valeurs, à la responsabilité et à la transparence, la question de savoir ce qui est trop ou pas assez est naturellement reléguée au second plan. Il devient évident que le véritable enjeu n’est pas le montant qui est transmis; le chiffre en soi est secondaire.

Donc, si le véritable enjeu n’est pas le montant, mais la préparation, à quoi ressemble réellement une préparation réussie? Quelles sont les étapes pratiques pour trouver le juste équilibre? C’est ce que nous verrons dans mon prochain billet de blogue.

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