​La panoplie de nouvelles commandes annoncées lors du récent Salon international de l’aéronautique de Farnborough augure bien pour l’industrie de l’aérospatiale et de la défense. Pourtant, ces nuages menaçants à l’horizon ne se sont pas entièrement dissipés. On en ressent encore les répercussions.

Un récent article de KPMG aux États-Unis dresse la liste des quatre facteurs que les sociétés du secteur mondial de l’aérospatiale et de la défense doivent prendre en considération dans leur planification future : l’augmentation des dépenses militaires, les risques liés à la chaîne d’approvisionnement et à l’inflation, la fermeture des installations d’aérospatiale et de défense en Russie, et une reprise retardée, en partie à cause de la pénurie d’offre et de main-d’œuvre et de la flambée des prix du carburant[i].

Lorsque la pandémie a paralysé l’économie en 2020, les sociétés du secteur de l’aérospatiale et de la défense ont licencié de 10 à 25 % de leur main-d’œuvre, note l’article. De nombreux travailleurs qualifiés ont pris une retraite anticipée et moins de jeunes entrent sur le marché du travail, ce qui rend difficile de pourvoir les postes. De plus, l’absentéisme du personnel en raison des variants de la COVID-19 a également eu une incidence sur la capacité des entreprises à respecter leurs échéanciers de livraison.

Les pénuries d’offre et de main-d’œuvre exercent une pression sur le secteur, rendant difficile pour les entreprises de rattraper le retard dans le travail et d’absorber de nouvelles activités[ii]. Comme l’a récemment souligné un chef de la direction : « Le marché est relativement en effervescence. En ce moment, la demande est nettement meilleure que l’offre. »[iii]

Comment devriez-vous aborder les impacts externes qui échappent à votre contrôle?

Voici quelques points à considérer :

Atténuer les risques liés à la chaîne d’approvisionnement

Compte tenu de l’agitation mondiale persistante, il est essentiel de réévaluer votre présence géographique en fonction de l’offre. C’est quelque chose qui devrait être fait régulièrement et fréquemment. Les stratégies de couverture et les niveaux élevés des stocks ont leurs limites. Les constructeurs d’avions et leurs principaux fournisseurs, par exemple, devraient envisager d’intensifier leurs efforts pour réduire les risques liés à la chaîne d’approvisionnement mondiale, en partie en diversifiant les sources de matières premières et de composants.

Selon Fitch Ratings, la plupart des fabricants d’avions et de moteurs, par exemple, ont des stocks de titanes couvrant six à neuf mois de leurs besoins et ont accès à plus d’un fournisseur de titane[iv].

Le Canada pourrait être en mesure de combler les lacunes. Il est le plus important fournisseur d’aluminium aux États-Unis et le premier producteur de titane en Amérique du Nord et en Amérique du Sud[v].

Selon des statistiques récentes, près des deux tiers des entreprises canadiennes d’aérospatiale et de défense s’approvisionnent de fournisseurs canadiens, comparativement à seulement deux entreprises américaines sur cinq et à 54 % des autres entreprises étrangères[vi].

Bien qu’il soit courant que des pièces traversent les frontières plusieurs fois avant d’atteindre le fabricant d’équipement d’origine (OEM) du secteur, toutes ces expéditions peuvent entraîner des retards et des défis logistiques. Si vous pouvez fabriquer localement et éliminer autant de maillons de chaînes d’approvisionnement que possible grâce à des technologies de fabrication avancées ou à la fabrication additive (par exemple, dans le développement d’outils ou de prototypes), vous pourriez éviter certains problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement. De plus, l’exploitation de l’industrie 4.0 et des jumeaux numériques pour accroître la visibilité de la chaîne d’approvisionnement entre les fabricants et les fournisseurs permet de mieux comprendre les profils de risque.

Les règles d’origine de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sont également à prendre en considération. Dans quelques années, le secteur de l’aérospatiale et de la défense, entre autres, sera en concurrence avec l’ensemble de l’industrie automobile pour l’aluminium et l’acier fondu et coulé en Amérique du Nord[vii].

Éviter les risques de défaillance unique

Les avionneurs et les fournisseurs de niveau 1 devraient se demander s’ils doivent acquérir du contenu ou de la technologie dans des parties stratégiques de la chaîne pour réduire les risques. Vous pourriez envisager d’intégrer verticalement certaines composantes.

Se préparer à une hausse des commandes

L’augmentation des dépenses en armements parmi les membres de l’OTAN et les pays en dehors du pacte de défense fera probablement grimper le nombre de commandes. Certains secteurs particuliers en profiteront davantage, comme celui des produits et les solutions liés à l’espace et au C4ISR (commandement, contrôle, communications, informatique, renseignement, surveillance et reconnaissance), tandis que d’autres secteurs en bénéficieront moins et pourraient même ralentir. Voyez comment vous pouvez vous préparer à de nouvelles commandes. Avez-vous assez de matières premières ou de composants? Êtes-vous en constante communication avec vos fournisseurs? Avez-vous suffisamment d’effectifs? Vos programmes de formation sont-ils solides?

Le chaos de l’inflation

Pour l’instant, la priorité absolue en matière de planification devrait être de bien comprendre et de prévoir une période de hausse des prix plus longue que prévu, ainsi que son incidence potentielle sur vos coûts et la demande des consommateurs.

Planifier une reprise plus lente

Vous devriez toujours envisager une planification fondée sur des scénarios et vous préparer à toute une gamme d’interventions pour chaque scénario. Si la demande d’aéronefs augmente plus lentement que ne le prévoient les constructeurs et les fournisseurs d’aéronefs, ou commence à diminuer, vous devrez revoir vos plans d’investissement, vos embauches, vos commandes et vos livraisons de composants. À l’heure actuelle, les marchés secondaires demeurent exceptionnellement robustes.

Enfin, compte tenu de la pression exercée pour réduire l’empreinte carbone et atteindre les objectifs ambitieux de l’industrie en matière de zéro émissions nettes, la demande de carburants durables, d’aéronefs plus performants et d’autres plateformes continuera d’augmenter.

[i] Jim Adams. « The impact of the Russia-Ukraine war on Aerospace & Defense ». KPMG aux États-Unis, printemps 2022.
[ii] Doug Cameron. « Lockheed Martin Says Supply Chain Challenges Weigh on Defense Sales ». Wall Street Journal. 19 juillet 2022.
[iii] Andrew Tangel et Doug Cameron. « Boeing Supply Chain Snarls 737 MAX Production, Deliveries ». Wall Street Journal. 3 juin 2022.
[iv] Fitch Ratings. « Russia-Ukraine Crisis Disrupts European Aerospace Supply Chains ». 3 mai 2022.
[v] U.S. Department of the Interior et U.S. Geological Survey, mars 2022; et Statista, 24 juin 2022.
[vi] Ministère de l’Innovation, Sciences et Développement économique Canada. « Rapport de l’État de l’industrie canadienne de la défense ». Printemps 2022.
[vii] « Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) – Protocole d’amendement à l’Accord entre le Canada, les États-Unis d’Amérique et les États-Unis mexicains ».

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