La pandémie a contribué de façon significative aux perturbations observées dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, mais son incidence peut sembler triviale comparativement au chaos que provoqueront les changements climatiques.

Prenons l'exemple de la pénurie de micropuces, laquelle a une incidence généralisée, allant des automobiles aux appareils électroniques grand public. Idéalement, les fabricants de micropuces augmenteraient leur capacité de production pour répondre à la demande refoulée, mais plus de la moitié des micropuces sont fabriquées à Taïwan selon un processus qui nécessite de grandes quantités d'eau douce, et Taïwan est en proie à l'une des pires sécheresses de son histoire. Le plus grand fabricant de micropuces taïwanais affirme qu'il utilise 156 000 tonnes d'eau par jour pour produire ses micropuces, soit l'équivalent d'environ 60 piscines olympiques1.

Les fabricants de micropuces taïwanais hésitent à se risquer à construire plus de chaînes de production parce qu'ils pourraient ne pas être en mesure de les utiliser par manque d'eau. Ainsi, les changements climatiques, lesquels contribuent à l'augmentation de la fréquence et de la gravité des sécheresses sévissant dans certaines régions de la planète, y compris à Taïwan, exacerbent et prolongent la pénurie mondiale de micropuces, en plus d'avoir des répercussions sur les entreprises de tous les secteurs.

La complexité du risque climatique

Cette situation met en lumière la complexité des risques auxquels sont exposées les sociétés en raison des changements climatiques, lesquels posent des risques tant physiques que liés à la transition. Le risque lié à la transition découle de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, y compris la réduction de la dépendance des entreprises au carbone. Les risques physiques, exacerbés par la hausse de la moyenne de la température mondiale, peuvent avoir des répercussions directes et indirectes sur les installations, les fournisseurs, les employés, les clients ou d'autres éléments de la chaîne de valeur.

Le risque lié à la transition a toujours été l'un des principaux aspects pris en considération dans l'examen des répercussions des changements climatiques. Toutefois, en raison de l'accélération de la crise climatique et de l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes exacerbés par le réchauffement climatique, lequel ne semble pas ralentir, il est nécessaire de tenir compte d'un large éventail de risques physiques et de la présentation de l'information connexe.

L'une des difficultés auxquelles se heurtent les sociétés qui tentent d'identifier les risques physiques est que ces risques se présentent sous différentes formes et pourraient avoir une incidence sur différents aspects de la chaîne de valeur. Les sécheresses sont un bon exemple de risque physique chronique. Ces risques agissent à long terme et de façon généralisée. Les risques physiques graves liés aux changements climatiques sont des événements dont la durée est plus courte, tels que les ondes de tempête et les inondations. L'approche traditionnelle du risque climatique se concentrerait sur les incidences directes des facteurs graves et chroniques, mais les entreprises se penchent maintenant sur les considérations indirectes en lien avec les changements climatiques, qui sont tout aussi importantes. Ces considérations concernent notamment la perturbation en amont des intrants essentiels (p. ex., les produits agricoles en raison de la sécheresse) et la perturbation en aval, qui pourrait avoir une incidence sur les fournisseurs de services logistiques, l'accessibilité des marchés ou le comportement des consommateurs.

Les risques physiques indirects découlant des changements climatiques peuvent être importants, et la plupart des organisations ne font que commencer à saisir pleinement l'ampleur des répercussions.

Le risque physique est souvent négligé en ce qui concerne sa gestion et sa présentation

Les sociétés doivent intégrer la prise en compte des risques physiques dans leur cadre de gestion du risque d'entreprise, et les comités d'audit devront déterminer comment se fera cette intégration. Cela signifie qu'il faudra demander à la direction comment elle identifie et quantifie ces risques, comment elle les atténue et de quelle façon elle structure ses dépenses en immobilisations ainsi que ses dépenses d'exploitation afin de renforcer la résilience.

Les informations que les sociétés fournissent relativement aux changements climatiques ainsi qu'aux occasions et aux risques financiers connexes gagnent de plus en plus de terrain parmi les informations d'entreprise. Le milieu des investisseurs cherche à obtenir de meilleures informations qualitatives et quantitatives, et en plus grand nombre, concernant l'exposition des organisations aux risques physiques découlant des changements climatiques, le niveau de résilience de leurs stratégies et les mesures d'adaptation adoptées pour s'assurer qu'elles peuvent réussir et mettre en œuvre leur stratégie.

Les investisseurs demandent des réponses

En 2018, le Réseau de leadership d'investisseurs (« RLI ») a été mis sur pied au cours de la réunion du G7 de la même année. Il s'agit d'un groupe dirigé par des chefs de la direction, composé de 14 investisseurs institutionnels d'envergure mondiale représentant l'ensemble des continents et des catégories d'actifs, et comptant plus de 9 000 milliards de dollars2 d'actifs sous gestion.

Cette année, avec l'appui de KPMG au Canada, le RLI a mis sur pied le Climate Change Physical Risk Toolkit, qui présente une approche par étapes afin d'aider les investisseurs à tenir compte des risques physiques directs et indirects dans leurs décisions de placement et à repérer les actifs plus résilients face aux changements climatiques. La trousse offre des ressources utiles afin d'aider les comités d'audit et la direction à mieux comprendre les répercussions financières sur leur organisation de ces risques physiques découlant des changements climatiques, y compris leur capacité à accéder à des capitaux.

Les autorités de réglementation sont attentives

Les autorités de réglementation s'intéressent elles aussi à la présentation de l'information relative aux risques liés aux changements climatiques. En 2015, le Conseil de stabilité financière (« CSF ») a mis sur pied le Groupe de travail sur l'information financière relative aux changements climatiques (« GIFCC ») afin de remédier aux lacunes en matière de rapport et de contribuer à éviter une autre crise financière, cette fois-ci causée par les changements climatiques. Le GIFCC a formulé des recommandations portant sur la gouvernance, le risque, la stratégie et les mesures, en plus d'avoir incité les organisations à créer des rapports alignés sur ces recommandations et couvrant à la fois les risques liés à la transition et les risques physiques.

Le GIFCC a pu compter sur un appui massif. De nombreux pays et territoires, dont l'Union européenne, le Royaume-Uni et le Japon, comptent rendre obligatoire la présentation d'informations alignées sur les recommandations du GIFCC, et la SEC devrait annoncer des règles sur la communication de l'information relative aux changements climatiques cette année. Le 18 octobre 2021, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières ont lancé une consultation sur des exigences proposées aux fins de la communication de l'information relative aux changements climatiques, lesquelles cadrent en grande partie avec les recommandations du GIFCC et devraient entrer en vigueur en 2023. En parallèle, l'opinion favorable des investisseurs à l'égard des informations financières relatives aux changements climatiques se fait sentir, et certaines grandes caisses de retraite canadiennes ont déjà donné leur aval à la présentation de rapports alignés sur les recommandations du GIFCC. De plus, le tout nouveau conseil des normes internationales d'information sur la durabilité (International Sustainability Standards Board – ISSB) prévoit de se concentrer initialement sur l'élaboration de normes relatives aux changements climatiques fondées sur les recommandations du GIFCC. Grâce à l'appui marqué des autorités de réglementation et des investisseurs, les comités d'audit voudront s'assurer que la direction se prépare aux changements à venir, notamment le fait que la présentation de l'information relative aux changements climatiques, jusque-là effectuée sur une base volontaire, devienne obligatoire.

« Les comités d'audit devront s'assurer que le cadre de gestion du risque d'entreprise tienne compte de l'ensemble des risques liés aux changements climatiques, qu'ils soient physiques ou liés à la transition, qui touchent la société et l'ensemble de sa chaîne de valeur. »

Katie Dunphy,
Directrice générale, leader des
Services-conseils sur les enjeux ESG, KPMG au Canada

Le défi posé par les données et les informations

Les préparateurs de rapports auront besoin de données et d'informations (tant qualitatives que quantitatives) concernant les risques physiques liés aux changements climatiques. Les entreprises devront acheter des données ou construire leurs propres systèmes de collecte d'informations. Des contrôles internes devront être mis en place pour assurer la véracité et la cohérence de l'information et, afin de saisir les risques indirects, l'étendue de l'information requise devra peut-être s'étendre au-delà des limites opérationnelles, dans l'ensemble de la chaîne de valeur. Les comités d'audit voudront demander à la direction comment ces informations sont recueillies et quels seront les contrôles internes mis en place pour en assurer la qualité.

Il est important de ne pas oublier le fait que, malgré les ressources nécessaires pour produire ces informations, celles-ci auront de la valeur pour les sociétés au-delà de leur présentation. Par exemple, une évaluation de la chaîne d'approvisionnement d'une société pourrait non seulement donner lieu à des informations utiles à des fins de présentation, mais aussi permettre de diversifier les fournisseurs en fonction des risques physiques liés aux changements climatiques et de protéger la société contre des chocs et des perturbations coûteux.

Le risque physique découlant des changements climatiques représente un risque significatif et croissant pour les sociétés. Outre les pressions exercées par les parties prenantes pour une meilleure communication des informations, les sociétés qui cherchent à renforcer leur résilience face à ces changements devront tenir compte du risque physique dans l'ensemble de leurs activités.

Quelles sont les questions que les comités d'audit devraient se poser?

  • Quelles sont les mesures actuellement en place qui améliorent la capacité de la direction à prévoir les risques émergents découlant des changements climatiques et à y faire face?
  • De quelle façon la direction renforce-t-elle la résilience aux risques physiques découlant des changements climatiques dans ses activités?
  • De quelle façon l'information sur les risques physiques découlant des changements climatiques est-elle recueillie, et quels sont les contrôles en place pour en assurer la qualité et l'uniformité?
  • Les informations que nous fournissons sont-elles exhaustives, exactes et fiables?

1 CHEUNG, Eric. The chipmaking factory of the world is battling Covid and the climate crisis, CNN Business, 10 juin 2021.

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